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 Le Wyrd destin des hommes du Nord

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Veigsidhe Karvgwenn

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MessageSujet: Le Wyrd destin des hommes du Nord   Lun 28 Nov - 10:54

Le Wyrd Poster un commentaire
Le wyrd, Urðr et l’ørlög

Pour le norrois, c’est-à-dire Urðr et l’ørlög, vous aurez mes traductions et mes citations seront quasiment exhaustives, poésie et sagas.

Partie 1 : Citations contenant le mot wyrd



Cette vingtaine de citations vous dira ce que l’on sait réellement au sujet du wyrd. Elles appartiennent, sauf les deux dernières, à des textes classés comme païens parce qu’ils ne traitent pas des sujets bibliques. Vous verrez que le Dieu chrétien apparaît quand même quelques fois.


Les dictionnaires signalent que les mots wyrd (= destinée en anglo-saxon) et urðr (= destinée en norrois) sont étymologiquement liés. Ceci s’exprime dans un lien au sens encore plus frappant. En fait, wyrd est lié au verbe weorðan, devenir. Le mot norrois urðr est lié au verbe verða, devenir, (urðu au prétérit pluriel = ils devinrent). Mais la Norne Urðr se différencie certainement de la Norne Verðandi (participe présent de verbe devenir = devenant). Par contre, le wyrd ne semble pas différencier entre ce qui est devenu et ce est en train de devenir.


Beowulf


Vers 455
Gæð a wyrd swa hio scel. Le wyrd s’accomplit comme il veut.

Vers 475
wigheap gewanod;mes guerriers disparaissent
hie wyrd forsweop car le wyrd les a balayés
on Grendles gryre. dans la poigne de Grendel.

Vers 572
Wyrd oft nereðLe wyrd souvent sauve
unfægne eorl,le guerrier (qui sera) non condamné,
þonne his ellen deah.s’il est courageux

Vers 734
Ne wæs þæt wyrd þa genQue le wyrd l’empêche
þæt he ma mostede prendre encore
manna cynnesdes humains de la terre
ðicgean ofer þa niht.après cette soirée.

Vers 1056
þone ðe Grendel ærcelui que Grendel le premier
mane acwealde,a tué,
swa he hyra ma wolde,et avide il en aurait tué d’autres
nefne him witig godsi le sage dieu
wyrd forstoden’avait détourné leur wyrd,
ond ðæs mannes mod.et sans l’humeur courageuse de l’homme (Beowulf)

Vers 1205
hyne wyrd fornam,mais le wyrd l’accabla
syþðan he for wlencoquand dans son audace,
wean ahsode,il chercha le danger,
fæhðe to Frysum.querelle avec les Frisons.

Vers 1233
Wyrd ne cuþon,Le wyrd ils ne le connaissaient pas,
geosceaft grimme,féroce destinée,
swa hit agangen wearðils seraient frappés à son approche
eorla manegum,les nombreux guerriers
syþðan æfen cwomdès le soir venu.

Note : geosceaft = destinée (aussi)

Vers 1526
ac unc furður scealun combat finira
weorðan æt wealle,notre guerre près du mur,
swa unc wyrd geteoð,ainsi le wyrd l’attribue,
metod manna gehwæs.maître de l’humanité entière.

v 2040
wyrd ungemete neah,le wyrd excessivement près,
se ðone gomelanse préparait à recevoir
gretan sceolde,l’homme grisonnant,
secean sawle hord,à saisir le trésor de son âme,
sundur gedælanéclater en morceaux
lif wið lice,sa vie et son corps,

Vers 2575
swa him wyrd ne gescrafainsi le wyrd ne l’accorda pas,
hreð æt hilde.et les honneurs de la victoire.

Vers 2814
Ealle wyrd forsweople wyrd balaya totalement,
mine magasmes descendants aimés,
to metodsceafte,vers leur sort fatal,
eorlas on elneguerriers dans leur gloire.

Note : metodsceaft = décision du destin, mort.

L’errant (The wanderer)



Vers 5
Wyrd bið ful aræd! Le wyrd arrive pleinement décidé !

Vers 15
Ne mæg werig modL’esprit fatigué ne peut pas
wyrde wiðstondan,au wyrd résister,
ne se hreo hygepas plus que l’esprit triste
helpe gefremman.ne peut apporter secours.

Vers. 100
wæpen wælgifru,les armes avides de tuer,
wyrd seo mære,le wyrd sublime,
ond þas stanhleoþuet les tempêtes battent
stormas cnyssað,ces falaises rocheuses,


Le navigateur(The seafarer)



Wyrd biþ swiþre,Le wyrd est plus grand
Meotud meahtigra,et Dieu est plus puissant
þonne ænges monnes gehygd. Qu’aucun humain ne peut le penser.


Maximes 2



Vers 5
wyrd byð swiðost, winter byð cealdost.
wyrd est le plus fort, l’hiver le plus froid.

La ruine (The Ruin)



Vers 24
Beorht wæron burgræced, Brillante était la forteresse
burnsele monige, les bains nombreux
heah horngestreon, luxueuse la richesse de tours,
heresweg micel,les bruit martiaux nombreux,
meodoheall monig le hall à bière plein
dreama full,de joie rempli,
oþþæt þæt onwende jusqu’à ce que cela change
wyrd seo swiþe.le wyrd a balayé cela.

Le poème rimé (The Rhyming Poem)



Vers 70
Me þæt wyrd gewæf, Pour moi ce que le wyrd a tissé,
ond gewyrht forgeaf, et mon action (ou mérite) a apporté,
þæt ic grofe græf, c’est que je doive creuser une tombe,

Rêve de la route (Dream of the road)



Vers 74
þa us man fyllan ongan alors les hommes commencèrent
ealle to eorðan. à nous tailler en pièces tous à nouveau.
þæt wæs egeslic wyrd! Que c’était un effroyable destin !



Pour finir, voici deux exemples d’usage du wyrd dans des textes typiquement chrétiens.

Partie de l’Exode appelée La traversée de la Mer Rouge (The Crossing of the Red Sea)



Vers 458
ne ðær ænig becwomnul ne revint
herges to hame, des guerriers chez soi,
ac behindan beleac mais enfermés derrière
wyrd mid wæge. par le wyrd dans la vagues.
þær ær wegas lagon, Où se trouvait avant un chemin
mere modgode,les brisants
mægen wæs adrenced. ont battu et abattu l’armée.


Vie de St Guthlac


Vers 1351
þroht þeodengedal,tourment de la séparation de son seigneur
þonne seo þrag cymeð,quand le temps arrive
wefen wyrdstafum. tissé par le mot du wyrd

Note : stæf signifie ‘bâton’, wyrdstafum = avec le bâton du wyrd (voir la note finale).


Commentaires



Ces quelques exemples montrent bien que la notion de wyrd a bien été intégrée par le christianisme anglo-saxon, c’est à dire par des chrétiens encore élevés au sein de concepts païens : Les Juifs sont sauvés des guerriers égyptiens à cause du ‘mauvais’ wyrd de ces derniers, on trouverait cela un peu iconoclaste même de nos jours. Pire, c’est le wyrd de St Guthlac qui le sépare de son seigneur Dieu !
Il est donc évident que même les poèmes païens sont touchés par la pensée de l’époque chrétienne qui amène une influence romaine avec elle. Certes, le witig god du vers 1056 de Beowulf peut très bien être un dieu païen, mais le Meotud (= destinée, Dieu, Christ) du Navigateur semble bien être le Dieu des chrétiens. Cependant, encore ici, on sent l’iconoclaste qui se permet de citer côte à côte la puissance du wyrd et celle de Dieu.

Le pouvoir du wyrd est décrit comme immense, il balaie, accable, attribue, accorde, on l’ignore mais se prépare en cachette à frapper, il est egeslic et mære, effroyable et sublime [traduit par ‘inexorable’ dans les versions en ligne !]. On remarque aussi que, selon les textes, il est décrit de façon contradictoire. Par exemple, le vers 1526 de Beowulf dit qu’il est « le maître de l’humanité entière », le vers 5 de L’Errant dit qu’il est « pleinement décidé » c’est-à-dire qu’on ne peut pas s’y opposer et ce sens est sous-entendu en beaucoup d’autres endroits. Mais l’absolu de cette puissance est aussi contesté plusieurs fois. Le vers 572 de Beowulf dit que le courage peut sauver de l’effet du wyrd, le vers 1205 signale l’existence d’une cause rationnelle venue appuyer le wyrd, le vers 15 L’Errant affirme qu’un esprit fatigué lui résiste moins (sous-entendant qu’un esprit résolu peut mieux lui résister), le vers 70 du Poème rimé que nos actions participent à son effet. En fin de compte, on voit apparaître l’idée que les humains sont partiellement responsables de leur destin, ce que résume si bien la formule chrétienne : « Aide-toi, le ciel t’aidera ». C’est pourquoi je décèle là une influence chrétienne qui explose dans le monde actuel où chacun veut et croit être maître de son destin.

Une autre influence, païenne celle-là, est une assimilation partielle du wyrd aux Parques grecques. En effet, Poème rimé et Vie de St Guthlac disent qu’il a tissé la vie du héros. On voit dans ces instances l’origine de cette habitude de décrire notre destinée comme une toile tissée par le wyrd. Cette habitude est donc justifiée, pour le wyrd, par des usages très anciens. En étudiant l’ørlög nous verrons que ce ‘tissage’ n’a rien à voir avec la mythologie germanique païenne.


Note : une digression sur les bâtons

.
Le Hávamál parle plusieurs fois d’un stafr que, dans la strophe 142, tout le monde s’accorde à traduire par ‘runes’ (bâton sur lequel sont gravées des runes). Ce mot a pris aussi le sens de ‘lettres écrites, mots’ du fait de cet usage. Par contre, dans les strophes 59, 27 et 8 les traducteurs font tout pour éviter d’utiliser ce sens, la magie n’étant admise qu’en dernier recours. Voyez mes longs commentaires de la strophe 8 qui tentent de ridiculiser les arguments de Dronke affirmant que stafr en fin de mot n’est rien qu’une « finale dérivative » voir la source http://www.nordic-life.org/MNG/NouvHavamalFr8-9-10.htm][/url].
Vous avez vu que j’ai traduit ici le mot wyrdstafum par « le mot du wyrd » car il est infiniment probable que St Guthlac n’avait pas de bâton gravé de runes ni d’ogams et, encore plus, que l’on ne tissait pas avec un bâton, bien que l’on ait filé avec un. Cependant, la traduction classique de wyrdstaf, décret du destin, passe bien de bâton à ‘lettres écrites’ ce qui suggère des influences scandinaves, d’ailleurs tout à fait possibles, sur ce mot en anglo-saxon.
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